2015/06/04

Un Vêtement populaire en 1780 : le manteau de lit

C'est quoi un manteau de lit ? C'est une sorte de veste, et un élément de base de la garde-robe populaire au XVIIIème siècle. On en trouve aussi de plus luxueux, portés comme tenue informelle par de grandes dames (cf. cette reconstitution fantastique d'Evelyne Bouchard).
Mais là, j'ai des envies de costume historique populaire qui me démangent depuis un moment + une tenue confortable pour courir après deux mini-trolls + supportable par très forte chaleur.
Manteau de lit
Et ça tombait à pic : le challenge de mai du Historical Sew Monthly 2015 de mai était "Praticality" ou "le jean et t-shirt de l'époque" pour citer Leinomi !
Le manteau de lit est présent dans la plupart des représentations d'époque de scènes de la vie populaire - et forcément moins présent dans les musées, moins conservé et moins glamour à montrer.
Costume historique populaire

Le tissu :

En plus d'être pratique à porter, ce costume est économe : je l'ai réalisé uniquement avec des tissus que j'avais en stock. Il y avait un tout petit coupon (90cm seulement !) d'indienne. Celui-là, quand je l'ai trouvé en magasin (en solde !), je me suis jetée dessus, et j'avais depuis longtemps l'idée d'en faire un vêtement populaire.
Pour la doublure, j'ai utilisé les dernières chutes de mon pierrot en coton rayé (un autre projet XVIIIème donc !) pour le col et le bout des manches, et j'ai complété avec un autre coton imprimé dans les zones moins visibles.
Indienne + rayures + petites fleurettes, le tout dans des couleurs pas totalement assorties ? Un classique du vêtement populaire du XVIIIème, où l'on recycle et réutilise les tissus autant que possible.
Dessins, vers 1775
Extraits d'un album de costumes, vers 1775
Conservé à la bibliothèque du Bunka Gakuen

Les dessins montrent des mélanges de tissus imprimés, rayés et unis, et un manteau de lit (en haut à droite).

Patron :

Je me suis basée sur les instructions de L'Art du Tailleur de M. de Garsault. La Couturière Parisienne a fait un gros travail pour débroussailler le texte d'époque, j'ai donc principalement suivi ses instructions.
Mon manteau de lit est un peu plus court, pour aller avec l'époque un peu plus tardive - je vise la période autour de 1780. Et aussi parce que je manquais cruellement de tissu !
Tout cela nous donne une sorte de veste courte, avec des manches trois quarts - que je retourne pour laisser voir la doublure rayée. Dans le dos, un pli donne de l'aisance. J'ai préféré le garder ouvert pour plus de liberté de mouvement.
Dos plissé pour l'aisance
Une épingle le tient en place sur la photo. Je le porterai avec un tablier qui remplira la même fonction.
Pas de grosses masses de tissu à manœuvrer, des plis qui peuvent s'ouvrir dans le dos et sur les hanches, des manches sans fioritures qui ne gênent pas pendant le travail, et de petits goussets sous les bras pour donner plus de liberté de mouvement. Quelque chose me dit que porter le panier à pique-nique et prendre les mini-trolls dans mes bras sera plus facile qu'avec mon casaquin plissé !

Mercerie :

Uniquement du fil.
Eh oui, le manteau de lit ne ferme pas par des boutons ou un laçage, il est, comme souvent au XVIIIème, seulement épinglé en position fermée. Voire carrément tenu fermé uniquement par le tablier qui est porté dessus. Je vous avoue, je n'ai pas encore expérimenté ni comparé les deux options.

C'est histo comment ?

Je dois êtes honnête : je l'ai cousu presque intégralement à la machine, j'ai posé la doublure de manière moderne, et le tissu rayé est potentiellement un peu épais et raide pour ce vêtement.
Je voulais me faire assez vite cette pièce, alors j'ai pris des raccourcis pas-très-histos. Voilà, fouettez-moi avec des orties fraîches !
Mais je me suis par contre bien amusée à piécer le tissu, comme cela se faisait fréquemment à l'époque.
Doublure piécée, façon histo
Une vue à l'envers, pour montrer la doublure
C'est surtout visible sur la doublure,. Un peu moins à l'extérieur au niveau des plis des hanches qui sont aussi pas mal piécés : chaque moitié de dos est constituée de trois morceaux, dont un qui fait à peu près la taille de mon index.
C'est que faire rentrer tout le manteau de lit dans mon coupon d'indienne fut un Tetris mémorable ! Et mes chutes ressemblent à des timbres-poste.

Temps de réalisation :

A la louche, 5 à 6 heures. Un projet rapide, disais-je !
Manteau de lit, deuxième moitié du XVIIIème
Mon mannequin n'a pas tout à fait les mêmes formes que moi, avec ou sans corps à baleines !

Estimation du prix :


2 mètres de tissu = 20 €. Estimation à la louche et assez basse.
Les indiennes historiquement plausibles sont souvent plus chères que cela (mais des fois on a du bol...). Mes tissus étaient dans mon stock depuis de longues années (d'inflation), des fins de rouleaux et le tissus rayé était soldé pour cause de gros défauts. Que j'ai du contourner pour couper, histoire de corser la difficulté... Notez aussi que je fais un 40-42 et que mon manteau est court, avec des manches peu amples. En changeant la coupe, la consommation de tissu augmente facilement d'un mètre ou deux.
Mercerie moins de 5 €.
Main d’œuvre 200 à 240 €.
A la commande, un manteau de lit de cette taille coûterait donc de 220 à 275 €.

Et maintenant, il ne me reste plus qu'à faire un jupon dans le même style, et un ou deux accessoires, pour avoir un costume historique XVIIIème populaire complet.
Je vois moins de costumes populaires parmi les amateurs de costumes locaux que de grandes robes de soie, je le regrette un peu. C'est pourtant tout aussi passionnant, non ? Vous préférez la reconstitution historique des "grands de ce monde", ou celle des "petites gens" ?

3 commentaires:

  1. Par goût, j'irai plutôt vers les magnifiques pièces que tu nous as montré précédemment ... mais en pratique, je porterai beaucoup plus ce manteau de lit !!!
    Magnifique article Marion.

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    1. J'aime aussi beaucoup les robes "de princesses", mais du point de vue de la reconstitution le vêtement populaire est super intéressant, parce que c'est un vêtement qui vit et qui travaille, qui est modifié et fabriqué à partir de tissus récupéré, plutôt qu'un indicateur de statut social.

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    2. Mais tu vas être contente de la prochaine pièce historique que j'ai à vosu montrer, par contre :)

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