2014/01/13

Tuto - utiliser DeGracieuse pour obtenir un patron d'époque

Dans la série des musées qui font un travail formidable de mise à disposition du public, il y a le musée municipal de La Haye, bien connu des costumiers pour la collection des DeGracieuse. (Vous aurez pu voir passer une ou deux références lors de mes précédents posts sur le projet 1890s)
DeGracieuse, pour ceux du fond qui sont entrés en dernier, c'est un magazine de mode néerlandais, qui a eu une belle longévité (1862-1936), et le musée a eu la bonne idée de transférer tout ça, d'abord sur microfilm, puis sous forme digitale. Y compris les patrons. Une mine d'or, il n'y a qu'à se baisser, et à comprendre deux-trois bases de Néerlandais. Ce qui n'est pas mon cas mais j'ai plus que de bonne bases d'Allemand et de linguistique germanique, pour de l'écrit, c'est presque pareil.

Comment trouver un modèle dans DeGracieuse ?

Quand on arrive sur la page d'accueil, on a deux choix :
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En vert : faire une recherche dans la collection. A réserver si vous connaissez le mot-clé qu'il vous faut en Néerlandais.
En bleu : feuilleter la collection. Plus pratique pour le péquin non-néerlandophone que je suis.

(Oui, j'ai conscience qu'il existe une page d'accueil en Anglais également, mais au-delà de deux clics, il va falloir se dépatouiller dans la langue d'origine quand même.)

Suivons donc le chemin bleu et choisissons rapidement de faire une recherche par année (jaar). Le feuilletage par mot-clef (trefwoord) est pour l'heure disponible uniquement en VO. Vous pouvez toujours vous payer une bonne tranche de rigolade en passant la page à la moulinette Google Translate ceci dit ("camisoles de force" ?).
L'affichage par année nous montre les pages du magazine sous forme de vignettes - on distingue relativement bien le sujet de chaque illustration. A partir de là, c'est une petite partie de lèche-vitrine : on fouille, on choisir le modèle qui nous plaît.

Comme à Paris

Petit détail intéressant, les gravures de DeGracieuse ne sont pas des productions locales mais des gravures achetées... à Paris ! Résultat, on y retrouve des modèles précédemment publiés en France (j'ai pu personnellement vérifier la chose sur La Mode Illustrée, à ma connaissance le plus grand pourvoyeur en gravures originales des magazines étrangers, je suppose que DeGracieuse se fournissait aussi ailleurs). Si vous avez repéré une gravure particulière, cela vaut le coup de feuilleter les numéros des semaines suivantes à la recherche du patron.

Trouver le patron

Bon, et maintenant que j'ai un modèle qui me plaît (mettons un des pantalons au milieu de cette page de 1895), je fais quoi ? Je regarde la légende, toujours en quête d'informations intéressantes.
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En jaune les numéros des modèles. Principalement utile pour retrouver le paragraphe correspondant dans le texte du magazine - et choper quelques informations avec un coup d'OCR et de Google Translate.
Et vert, la légende proprement dite - on a du bol, celle-là est compréhensible par un francophone.
S'il n'y a rien d'autre que ces deux informations, c'est bien dommage, mais ça veut dire qu'il n'y a pas de patron. Si après apparaissant des mentions comme "Knippatr.[oon]" ou "Patroon", là, c'est déjà mieux parti.
Chaque magazine comporte deux planches de patrons. Qui ne ressemblent pas à ce que l'on trouve aujourd'hui sous cette appellation :
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(les deux planches, surlignées en violet au milieu des autres pages du magazine)
La première page est le recto - aka Voorzijde, abrégé en "voorz." dans la légende.
La seconde, le verso - aka Keerzijde ou "keerz."
Vous pouvez vérifier sur la page elle-même, il y aura l'un des deux termes marqués en haut à gauche - mais jusqu'ici, je n'ai repéré aucune erreur de classement.

IMG_0739L'indication suivante, surlignée en violet sur l'exemple plus haut, devrait vous permettre de retrouver les pièces du patron et les instructions correspondantes. Pour les instructions (suivre le numéro en chiffre romains), on va quand même se brosser un peu, les scans ne sont hélas pas d'assez bonne qualité pour cela (un jour, on m'expliquera pourquoi les pages de texte ont eu droit à une meilleur qualité que les planches de patron, sur lesquelles ont ne peut pour ainsi dire pas zoomer). J'ai quand même réussi à tirer une impression A4 du recto de la planche de patrons qui m'intéresse. Au passage, je vous encourage à faire de même, sauf si vous êtes plus à l'aise pour faire le travail de surlignage directement sur votre écran.
Le numéro IV me permet de repérer au moins grossièrement le paragraphe correspondant - les numéros de pièces permettent de construire deux patrons différents (on s'en doutait un peu vu la gravure). Le pantalon à gauche sur la gravure, à ceinture fine, a subi le feutre jaune, celui de droite, à ceinture large, le feutre orange. Il n'y a pas vraiment plus pratique
Il faut un peu se tirer les yeux et déduire la moitié des infos d'indices minces comme des cheveux, mais on voit (presque) quatre lignes, deux pour le premier patron, deux pour le second.

"Où est Charlie ?" 

Et maintenant, où sont les pièces ?
On va chercher les petits numéros : "Fig. #" - ils sont toujours placés juste au-dessus ou juste au-dessous d'une ligne, de façon à ne pas laisser place au doute.
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(Cliquez sur les image pour les voir en plus grand)
A chaque numéro de pièce correspond un style de trait : trait large et uni, suite de cercles gris, succession point-tiret... Il suffit de suivre le trait en question pour redessiner les contours de la pièce. Jusqu'ici, c'est simple.
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(mais si, c'est simple !)
Seulement les patrons sont rarement assez petits (ou les planches rarement assez grandes) pour tenir entièrement sur la planche. Du coup, on replie - c'est signalé par un pointillé fin.
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Ou alors on a coupé les parties où il n'y a qu'à prolonger des lignes droites jusqu'à obtenir une pièce de la bonne longueur. Facile à repérer : la pièce n'est pas fermée et les lignes à prolonger se terminent par une petite flèche.
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Les patrons comportent à l'origine d'autres petites indications - points de repères marqués par un chiffre à faire correspondre, parfois extrémités de pince sou de plis - qui sont perdus pour nous tant qu'on n'aura pas d'images de meilleurs qualités. Une ligne un peu plus épaisse sur une ligne de pli dans le premier patron (le jaune) indique une fente sur le côté.
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Maintenant qu'on a compris comment ça marchait, il n'y a plus qu'à sortir la feuille de calque, et à redessiner tout ça. Partez d'un trait en "dur", et continuer jusqu'à (et y compris) la première marque de pli. Oui, on dessine la ligne pointillée. Ensuite on retourne le calque, on le pose pour que la partie qu'on vient de décalquer soit à l'extérieur de la pièce, et on prolonge les lignes en suivant le dessin de la partie repliée.
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Voilà, comme ça.

Et au final, ça nous donne quelque chose qui n'est pas une carte très approximative des USA (même si ça y ressemble de loin par temps sombre),mais le croquis d'une jambe de pantalon.
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Le crayon et mon doigt pointent vers les pointillés des "plis". Notez qu'à ce stade, je n'ai pas décalqué la pièce de la ceinture.

Cave patronem

Si vous n'êtes pas un minimum habitués aux formes historiques, à l'emploi des diagrammes et à l'ajustage, c'est le moment de vous y mettre. Avant d'arriver au vêtement il va falloir :
  • passer du diagramme à un patron à l'échelle (un jour, peut-être, un tuto sur l'agrandissement et l'ajustage de patrons à plat)
  • toiler la bête, pour vérifier que le patron est juste
  • transférer les modifications sur le patron (et éventuellement recommander ces deux étapes un nombre certain de fois)
  • et pour finir, couper, assembler et finir le pantalon lui-même.
Pour ma part je vous laisse là, en espérant que ce tuto va vous permettre de trouver plus facilement votre bonheur dans cette mine d'or qu'est l'archive DeGracieuse. Pour le patron de mon pantalon, je vais sans doute biaiser et compiler diverses sources, dont les deux patrons (très différents !) l'un de l'autre que j'ai tirés de cette planche.

2 commentaires:

  1. J'ai le plaisir d'apprendre des infos improbables et de rire en même temps.merci pour ta prose...
    Senami

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    1. Pas si improbables que ça, simplement beaucoup moins utilisées de nos jours ;) Je fais de mon mieux pour rendre la lecture agréable et distrayante, contente de voir que ça marche !

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