2012/06/02

Le linge de corps en 1898 (ou 1895, ou 1896, ou 1897...)

Voilà, je reviens sur mon dada du moment : la garde--robe de Miss 1890's.
Avant de me lancer tête baissée dans la réalisation, il va y avoir un peu (beaucoup) de recherche. Quelles coupes, quelles matières, quelles couleurs pour être à la pointe de la mode entre 1895 et 1898 ?
Commençons par le commencement : le linge de corps. Ce qu'on porte à même la peau - et qui suit aussi la mode, sisi.
Lingerie 1898
1898, La Mode Illustrée
J'ai commencé la recréation de costume avec une chemise estampillée "victorienne" (ouhlà, c'est vaste le règne de Victoria ! Et c'est même pas en France !), un pantalon ancien chiné je ne sais où (que j'ai sagement patronné et reproduit, je suis une bonne fille) et non daté... Je me suis penchée plus précisément sur ces dessous au milieu des années 1890.

Lingerie 1895, MET Museum
(chemise de nuit, chemise de jour, pantalon,
corsage de dessous)

Que porte-t-on sous son corset ?

  • une paire de bas (j'y reviendrai quand je me pencherai sur les chaussures)
  • une chemise de jour
  • un pantalon
La « combinaison » (de la chemise et du pantalon en une seule pièce) n'apparaît qu'une seule fois dans mes sources pour cette époque*.
Pour l'ordre dans lequel sont portées ces pièces, le chemise va toujours sous le corset. Le pantalon... Les photos (coquines !) de l'époque le montrent sous la chemise - mais photos coquines, autant dire que c'est la version « porte-jarretelle et guêpière en dentelle rouge » des dessous 1890**. Les sources moins axées "olé olé"*** le posent plutôt par-dessus chemise et corset. Éventuellement une petite boutonnière devant à la taille permet de faire passer un crochet, qu'on trouve cousu devant pas mal de corsets, qui maintient le pantalon (et les jupons) un peu en-dessous de la taille - quand on veut garder une impression de taille fine avec 4 ou 5 couches de vêtements sur les jambes, mieux vaut que les ceintures ne tombent pas toutes au même endroit.

En parler...

J'essaie dans la mesure du possible de toujours employer les termes d'époque, chemise de jour (à différencier de la chemise de nuit), et pantalon plutôt que culotte. Le terme global pour désigner les sous-vêtements semble être « lingerie » - il englobe chemises de jour et pantalons, mais aussi cache-corsets, chemises de nuit, bas (assez rarement), cols et manchettes en broderie blanche (broderie anglaise), peignoirs, matinées, et toute une série de pièces textiles (brodées, souvent de broderie blanche) qu'on rangerait aujourd'hui dans la linge de maison : mouchoirs, serviettes, nappes. (Merci Mr Pan pour m'avoir fait me poser la question !).
Ensemble de lingerie Belle Epoque
1898, La Mode Illustrée
Les pièces de lingerie ne sont presque jamais représentées portées (le presque étant surtout pour les peignoirs et matinées qui échappent à cette règle).
On ne représente souvent des chemises que la partie supérieure, et les pantalons sont souvent montrés pliés (c'est follement pratique pour moi quand je chercher à comprendre comment ils ferment). A la limite, la gravure donne une impression de 3D, mais sans le corps à l'intérieur. Ça deviendrait un poil osé quand même !

C'est en quoi ?

Les magazines précisent parfois, mais pas toujours en quoi sont faits pantalons et chemises de jour. Ceux qui nous sont parvenus sont souvent en coton, en lin ou en métis (tissu à chaîne coton et trame lin) - tissus faciles à laver et à blanchir, qui absorbent la transpiration. Les pantalons, portés moins près du corps, se font parfois de laine pour l'hiver.
Les tissus utilisés vont d'une toile assez épaisse (du type « vieux drap de grand-mère ») à des choses très fines au fur et à mesure qu'on gagne en statut et en richesse de la tenue - la batiste occupe le haut de l'échelle.
Empiècements de chemise de corps en broderie anglaise
1898, La Mode Illustrée
En parallèle, les décorations se font de plus en plus fines. La dentelle reste une valeur sûre de la mode selon La Mode Illustrée, elle est la marque des dessous estampillés « élégants ». Mais la tendance des années 1895-98, c'est la broderie, surtout la broderie  anglaise. Les instructions d'ouvrages de dames, relativement pauvres en garnitures pour lingerie au crochet, fourmillent entre 1895 et 1898 de modèles d'empiècements et de bandes brodés pour chemises et pantalons.

Voilà pour les caractéristiques générales, dans un prochain post je me penche sur la première pièce sur ma liste : la chemise de jour, théorie et pratique
Pour tous les posts sur le sujet, c'est par ici.

Tata Edith m'a dit que ça manquait de biblio, pour ne pas surcharger voici les principaux :
*Underwear in Detail, pp.  28-29 - c'est un exemple de linge irlandais vendu à Londres, un peu hors de ma zone d'intérêt du coup.
**1000 Dessous, Histoire de la lingerie, G. Néret chez Taschen, recense une bonne quantité de photos anciennes de femmes en sous-vêtements... prostituées et danseuses du Moulin Rouge.
***re-Underwear in Detail, mais aussi Das Buch der Wäsche, livre exclusivement consacré à la confection du linge, paru en 1905 (fac-similé chez Weltbild)(une bible, si vous travez trois mots d'Allemand, que vous décodez la Fraktur, et que vous vous demandez ce que portait une femme pendant ses règles, achetez-le).
Et bien sûr le fonds de revues de mode qui sert de base à mon petit projet, La Mode Illustrée 1895, 1897, 1898, La Famille 1895 et 1896, La Mode nationale 1896 (pour le moment)

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