2012/01/17

"C'est du coton ?" - Petit précis de l'acheteur de tissus novice

LA question piège... L'anecdote racontée par Heileen m'a rappelé des choses. Petit caveat pour ceux et celles qui commencent la couture : les vendeurs de tissus ne savent en général pas de quoi ils parlent dès qu'il est question de fibres. Et si ils le savent, il n'est pas non plus exclu qu'ils essaient de vous pipeauter pour vous faire croire que c'est du naturel plutôt que du synthétique.

Le tissu, c'est quoi ?
Des fibres textiles, dont la composition peut varier, qui sont entremêlées en suivant un certain ordre, autrement dit selon un type de tissage spécifique.
Premier point de confusion, entretenu par bien des vendeurs : la fibre indique en quoi est fait le tissu ; le tissage indique la façon dont les fibres sont tissées.
Les tissages, ce sont les taffetas, satin, crêpe, sergé, coutil, velours, tulle, mousseline... Globalement, on les range en trois types d'armure : toile (le fil de trame passe sur un fil de chaîne, puis sous un autre), serge (le fil de trame passe sous un fil de chaîne, puis sur deux ou trois autres, avec un décalage à chaque passage qui forme les côtes obliques caractéristiques), et satin (le fil de trame passe par-dessus un grand nombre de fil de chaîne à la fois, donnant un effet brillant sur un côté du tissu). Et il y a la maille, qui n'est pas tissée, mais tricotée.

Les fibres
On peut les séparer en deux grand groupes (pour ce qui concerne notre usage couturier) : naturelles et synthétiques.
Les fibres naturelles c'est : coton, laine, soie, lin, chanvre, ramie - et quelques autres comme le jute, le sisal... qui ne sont pas trop utilisées pour les vêtements.
Du côté synthétique, on a : acrylique, polyester, viscose (c'était une fibre cellulosique au départ, à présent c'est de la synthèse), acétate, polyamide, élasthane, pour citer les plus courantes.
C'est un peu plus clair ?

Comment choisir ?
Règle numéro un : ne pas faire confiance à ce que vous dit le vendeur. Ni même l'étiquette . Rappelons qu'une mirifique directive européenne nous a pondu ceci :

Article 4
1. Tout produit textile ne peut être qualifié de 100 % ou de «pur» ou éventuellement de «tout», à l'exclusion de toute expression équivalente, que si le produit est composé en totalité de la même fibre.
2. Une quantité d'autres fibres est tolérée à concurrence de 2 % du poids du produit textile si elle est justifiée par des motifs techniques et ne résulte pas d'une addition systématique. Cette tolérance est portée à 5 % pour les produits textiles obtenus par le cycle du cardé.
(Directive 96/74/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 1996 relative aux dénominations textile)


Admirons le petit 2. ....

La seule solution, c'est d'apprendre à reconnaître les tissus.
A l'œil, pour reconnaître le tissage, en n'hésitant pas à comparer les deux côtés et à regarder de très, très près.
Au toucher, déjà, un synthétique "accroche" légèrement sur la peau, le lin et le coton se froissent sous la main, la soie paraît légèrement froide. Cela demande de passer un certain temps à apprendre à connaître les tissus, mais avec le temps, un coup de main permet de déterminer si ce "coton" n'a pas trop de synthétique pour être porté à même la peau.
Et bien sûr il y a le fameux test du briquet. cela nécessite un petit échantillon du tissu, et cela ne permet pas de déterminer précisément la composition des mélanges, mais c'est déjà un bon départ.

Le polyester : dégage une fumée noire, sent le plastique fondu, fond en se tordant et laisse un résidus noir, dur, lisse et brillant.
L'acétate brûle plus longtemps que le polyester (elle continue de brûler en l'absence du briquet), sans fumée, avec une odeur acide, et laisse un résidus similaire mais moins brillant.
Le coton, le lin et la rayonne ont des résultats similaires : ils sentent le papier ou les feuilles brûlées, pas ou peu de fumée, la rayonne ne laisse quasiment pas de cendres, celles du lin et du coton sont grises et légères.
La laine s'enflamme (très) mal, grésille, s'éteint très vite et sent le cochon grillé.
La soie prend bien feu mais s'éteint dès qu'on enlève la flemme, légère odeur de corne brûlée, se recroqueville et laisse un résidus irrégulier noir-grisé qui ressemble un peu au polyester, sauf que ça part en poudre sous le doigt.

Cette page est ce que j'ai trouvé de plus précis sur le test du briquet - même si je ne suis pas tout à fait d'accord avec certains de leurs résultats sur les cendres. En tout état de cause, le test du briquet donne une indication, qui peut être influencée par les mélanges de fibres, le type de tissage (un tissage serré brûle moins bien qu'un truc aérien) et les traitements qu'a subis le tissu.

"C'est en quoi ça ?
- En taffetas.
- Oui mais la matière ?
- Du taffetas !" (avec l'accent un peu exaspéré genre oh-mais-elle-pige-rien-elle...)

"Vous avez de la soie ?
- Non, mais j'ai du coton de soie !"
"Il est en quoi celui-là ?
- Oh, il doit y avoir un peu de satin..."

4 commentaires:

  1. Joli résumé qui sent le vécu ! (la dernière partie me rappelle de nombreux souvenirs :-) )

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    1. Je suis sûre que j'en oublie, des anecdotes comme ça ! Ah oui, la vendeuse qui sait pas ce que c'est qu'un ruban de sergé...

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  2. Quand on voit que sur internet, quand on tape taffetas de soie on arrive quand même à tomber sur du synthétique !

    Pour le lin : il sent le foin souvent !

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    1. Je n'ai pas du assez sentir le foin (enfant des villes que je suis), ce n'est pas un de mes repères olfactifs du coup ! ^^

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