2011/11/23

Le stade créativo-végétatif

Il paraît qu'il y  a des gens pour se figurer que l'artiste doit, en continu, créer. Tous les jours, comme il respire. Je ne m'engagerais pas trop pour mes collègues (quoique...), mais pour moi, rien n'est plus faux.  Je passe par des moments de véritable ébullition créatrice, où le temps me manque pour mene rà bien toutes mes idées (c'est à ça que servent les carnets de croquis et de notes, à noter avant que l'idée ne disparaisse), et par des moments de gné-pa-nenvie. Voire par de gros trous motivationnels.
Là, je viens de passer deux semaines assez intenses en terme de travail et de brainstorming, j'ai encore plein d'idées en tête, mais je sentais que l'envie s'essouflait un peu, que l'énergie descendait, alors je me suis accordée une petite pause, une après-midi pour souffler - et au passage me consacrer à quelques occupations aussi épanouissantes qu'acheter de nouveaux bavoirs récupérateurs, cirer des chaussures ou trier des noix.

Et pour le côté créatif, un peu de lèche-vitrine virtuel. De temps en temps, j'explore la catégorie Collection>costumes et vêtements anciens sur un site d'enchères bien connu. Il y a à boire et à manger, du costume de Zorro et de Tortue ninja, des robes de soirée so eightie's, et de tmeps en temps quelques belles pièces réellement anciennes. Cette fois-ci j'ai fait bonne pioche et je reviens avec quelques belles photos de vêtements anciens de ma période favorite, 1890-1900.

Les trois corsages présentés ici sont en soie, et proviennent de maisons de couture parisiennes. A défaut d'être représentatifs de la tenue du péquin (ou de la péquine) moyen(ne), ils reflètent de près les évolutions de la mode telle que portée dans les classes les plus aisées de la société - avec ses variations et ses fanfreluches qui permettent une datation assez fine.

On commence par un petit corsage fleuri, je dirais milieu des années 1900, vu les manches et le forme générale.

(Petit exemple de gravure de mode 1905 pour comparaison)
Il est intéressant de voir comment la corsage est construit. notre habitude du prêt-à-porter moderne nous fait souvent imaginer les vêtements comme d'une seule épaisseur, ou doté tout au plus d'une doublure de propreté, dont la seule fonction est de donner un aspect plus fini à l'intérieur. Ce type de costume est construit bien différemment. Regardez l'intérieur du corsage, présenté sur la dernière image. Il n'est pas froncé et bouffant comme l'extérieur en soie. Pas de plis, mais les pinces précises, avec des baleines fixées dessus pour fixer la forme du vêtement ! Le tissu froncé fixé par-dessus ne fait que donner une impression de flou et de légèreté par-dessus une vêtement en fait très ajusté !

On continue sur un autre corsage de toute beauté, parfaite illustration des mélanges de soies souples et de dentelles du tournant du siècle.
On voit très bien la construction intérieure, typique d'un corsage victorien : la doublure et l'extérieur sont assemblés d'une seule pièce, laissant les valeurs de couture apparentes à l'intérieur. Celles-ci sont alors finies extrêmement minutieusement, aplaties, puis une baleine est cousue dans un casier puis appliquée par-dessus la couture, à la main, de façon à ne se fixer que sur les valeurs de couture. Notez aussi la ceinture intérieure, qui maintient le bas du dos du corsage dans le creux des reins et empêche le corsage de remonter. Et enfin les petits patchs sur le devant des aisselles, moins typique mais souvent présents pour protéger le vêtement de la sueur (plus sous els bras dans ce cas) ou pour rembourrer légèrement la zone entre le sein et le dessous de bras si la propriétaire du vêtement n'est pas assez bien pourvue. Vu le placement et le format général du corsage, je miserais ici sur cette solution.

Et on finit par mon chouchou du jour, un corsage 1896-1898 en taffetas TARTAN !
Totalement chwanana ! La déco et les couleurs sont simplement fabuleuses, et nous montrent une fois de plus que la Belle Époque avait beaucoup moins peur de la couleur et de la fanfreluche que nos contemporains.
Intéressant aussi, l'utilisation du tissu écossais coupé en biais - il ne s'agit as là d'une utilisation de la souplesse du biais comme on la trouvera dans les années 20 et 30 notamment, mais d'un choix purement esthétique. Eh oui, ce qui tient le corsage, c'est là encore la doublure, qui elle, est dans le droit-fil !

Il se trouve que je n'ai ni les moyens, ni les connaissances, ni les infrastructures nécessaires pour conserver des pièces anciennes comme il se doit. Oui bon, parce que, au passage, quelque chose de cet âge-là, on évite de s'en servir comme malle à déguisement. C'est fragile, c'est un document unique, irremplaçable, qui se dégrade déjà bien assez tout seul. On ne l'enfile pas. On le manipule le moins possible. On ne le met pas en contact avec la peau. On le protège de la lumière. On ne le plie pas. On ne le laisse pas des années en exposition sur le même mannequin. Dans l'idéal, on le conserve en atmosphère contrôlée, dans des épaisseurs de papier sans acide, aussi à plat que possible, en évitant tous les plis.
Vu que mes enfants et mon mari ont envie d'avoir un peu d'espace vital et de bouffe sur la table, donc, je ne collectionne pas les pièces anciennes. Donc si vous vous en sentez l'âme (et que vous allez les traiter comme il faut ou que vous ne m'en parlerez jamais, jamais, JAMAIS), ces merveilles sont toujours à vendre chez naopleoniii1860.

Oui, je suis un peu épidermique sur le sujet des costumes anciens. Ce n'était pas le sujet initial du post mais c'est important de le dire, quand même.

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