2011/09/17

La paille, la poutre, et la bâton pour se faire battre

Aujourd'hui, j'ai ressorti mon staff et mes poïs. Autrement dit, mon bâton et mes bolas (ah oui, dans mon précédent post j'avais oublié le bâton !). Oh, bien sûr, je bidouillais deux-trois mouvements avec eux de temps en temps, mais pour être honnête, mes bolas ont passé à peu près un an dans la malle à jouets de mon fils avant que je me les ré-approprie.
Autant dire que je n'ai pas fait de progrès, loin de là. Je me suis pris des coups divers, de bâton, de chaînes, de boules de plastique, le tout arrivant avec une certaine vélocité en plein dans ma face, mes côtes, ou mon nez. Je peine sur des figures de base, je ne parle même pas de ce qui me posait déjà problème il y a deux ans...

Mais là n'est pas la question.


Remontons quelques années, à l'époque où, dépourvue de mes deux mini-trolls encore, je jonglais un peu plus assidûment, et où je fréquentais même les sphères webesques sur le sujet - lire : les forums.

Je ne saurais plus dire à quel tournant de quelle discussion le jeu de rôle a été évoqué, mais je me rappelle distinctement la réaction outragée d'un des intervenants à l'idée qu'on le soupçonne possiblement de peut-être en faire. «Nan mais chui pas un no-life, moi !»

Sous-entendu derrière le terme de "no-life", les rôlistes sont des êtres asociaux tellement dans leur monde qu'ils ne s'intéressent qu'à leur hobby et négligent vorie ignorent complètement l'existence de leurs co-humains.

Euh... LOL ?
Le jeu de rôle, c'est quoi ? C'est une bande de personnes qui décident de s'asseoir régulièrement autour de la même table, plusieurs heures d'affilée, de de créer une histoire ensemble. Dans sa définition la plus basique, c'est ça, stricto sensu.
Globalement, la condition minimum pour une partie de jeu de rôle, c'est d'être au minimum deux - et très honnêtement, les interactions sont plus intéressantes et bien plus riches à partir de trois. La base la plus nue du jeu de rôle, c'est de se retrouver... en société. De passer pas mal d'heures avec d'autres - pour un joueur régulier, quelque chose comme 6 à 8 heures, une fois toutes les deux semaines ou toutes les semaines.
Pas sociables, hein ? On peut se permettre de sourire. :)

«Mais ils n'ont pas mieux à faire ?»

Et bien concrètement... non.

Pas au sens où la vie des rôlistes n'est pas, comme celle de Monsieur Toulemonde, remplie de choses passionnantes comme remplir une déclaration d'impôts, faire les vitres ou passer une heure chez l'opticien parce que l'aîné a cassé sa branche de lunettes.
Non, simplement, en général, le rôliste trouve que le jeu de rôle est une activité autrement plus intéressante que les occupations en question.
Étonnant, non ?

Le joueur de jeu de rôle, comme, oh, je sais pas, l'amateur de voile, la coureuse de brocantes, le peintre, la couturière, etc... est tout simplement passionné par son hobby. Il adore ça, il ne compte ni le temps ni l'argent qu'il y consacre. Il en parle avec des étoiles dans les yeux, en oubliant parfois - souvent - que son interlocuteur ne comprend que pouic à son «Et là, j'ai fait un critiiiiique !!!!»
Le rôliste est un geek, il a un loisir qui est plus qu'une distraction, c'est une passion, c'est sa bouée de sauvetage quand pour payer ses pâtes carbo il doit bosser chez MacDo un soir de 24 décembre.
Au même titre que l'amateur de voile, la coureuse de brocantes, le peintre, la couturière,... le jongleur. Marrant non ?

D'ailleurs, si j'ai repris mes poïs et mon staff aujourd'hui, c'est après avoir lu, parmi les articles publiés à l'occasion de Speak Out with your Geek Out, un article sur The Juggling Writer à propos du jonglage, de la vie et de l'amour.

S'il y a une chose qui fait le geek, c'est la passion. L'amour démesuré pour une activité, l'immersion totale dans un, ou plusieurs, centre(s) d'intérêt(s), l'implication active qui nous fait avancer dans une voie dans laquelle personne ne nous pousse - passer huit heures à préparer le sauvetage fictif d'un royaume tout aussi fictif, se prendre vingt fois un coup du bâton avant de réussir à le rattraper au vol...

Curieux, comme cela peut être vu de manière négative, quand on y pense. No-life, pour tordre son emploi du temps pour y faire rentrer deux fois plus d'heures que ce qu'il y a de disponible, pour avoir une vie remplie par une passion dévorante (ou plusieurs) ?...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire